La transition énergétique avait nourri l’espoir d’un monde moins dépendant des hydrocarbures et, par conséquent, moins exposé aux crises provoquées par les grandes puissances productrices. Pourtant, les dernières années ont démontré que la transformation du système énergétique ne supprime pas les rapports de force : elle les déplace. Le pétrole et le gaz demeurent essentiels, tandis que les minerais critiques, les batteries, les réseaux électriques et les technologies de stockage deviennent de nouveaux instruments de puissance.
La guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et les restrictions commerciales sur certains matériaux stratégiques ont replacé la sécurité énergétique au centre des politiques nationales. Les gouvernements ne raisonnent plus uniquement en termes de prix et d’efficacité économique. Ils évaluent également la fiabilité des fournisseurs, la concentration des capacités industrielles et les risques de rupture des chaînes d’approvisionnement.
L’Agence internationale de l’énergie souligne dans son analyse de 2026 que les perturbations successives des marchés, les conflits et les restrictions commerciales ont conduit les États à renforcer leurs stocks stratégiques, à diversifier leurs sources d’approvisionnement et à réexaminer leurs politiques énergétiques. Elle relève également que plus de 70 % de la capacité mondiale de fabrication de plusieurs composants essentiels des technologies propres est concentrée chez le principal fournisseur.
Cette concentration crée une nouvelle forme de dépendance. Un pays peut réduire ses importations de pétrole tout en devenant davantage dépendant des composants étrangers nécessaires à la production d’électricité, aux véhicules électriques ou aux systèmes de stockage. La souveraineté énergétique ne peut donc plus être mesurée uniquement à partir de la production nationale.
Pour les pays du Golfe, cette transformation constitue à la fois un défi et une opportunité. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar disposent de ressources financières, énergétiques et logistiques qui leur permettent de participer à la nouvelle économie industrielle. Mais leur influence future dépendra de leur capacité à investir dans les technologies, les infrastructures et les chaînes de valeur, au-delà de l’exportation traditionnelle des hydrocarbures.
L’Europe, de son côté, doit éviter de remplacer une dépendance par une autre. La diversification des fournisseurs doit s’accompagner d’investissements dans la recherche, le stockage, les réseaux et les capacités industrielles.
La transition énergétique ne mettra donc pas fin à la géopolitique de l’énergie. Elle en changera les acteurs, les instruments et les territoires. La puissance appartiendra aux États capables de contrôler non seulement leurs ressources, mais aussi les technologies qui permettront de les transformer et de les distribuer.
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