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Moscou revient en Afrique : derrière le discours de souveraineté, une stratégie de puissance et d’accès aux ressources

La Russie cherche à consolider sa présence africaine dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine, les sanctions occidentales et la compétition pour l’accès aux ressources stratégiques. Le sommet Russie-Afrique organisé à Moscou les 28 et 29 octobre 2026 illustre cette volonté de maintenir une présence diplomatique sur le continent et de présenter la Russie comme un partenaire alternatif aux puissances occidentales.

Le discours du Kremlin repose sur une référence historique puissante : le soutien soviétique aux mouvements de libération africains et aux luttes contre le colonialisme. En dénonçant ce qu’il décrit comme les pratiques néocoloniales occidentales, Vladimir Poutine cherche à inscrire la politique russe dans une continuité historique qui conserve une résonance politique auprès de plusieurs gouvernements africains.

Mais derrière cette rhétorique se trouve une stratégie beaucoup plus pragmatique. Moscou cherche à développer ses échanges commerciaux, à renforcer ses partenariats militaires, à sécuriser des débouchés pour ses exportations de céréales et d’engrais, et à obtenir un accès accru aux ressources naturelles et aux infrastructures stratégiques.

Les chiffres commerciaux illustrent à la fois les progrès et les limites de cette politique. Les échanges entre la Russie et l’Afrique sont passés de 18 milliards de dollars en 2021 à 27 milliards en 2025. Cette progression demeure néanmoins modeste au regard du potentiel économique du continent et de la présence commerciale de la Chine, de l’Union européenne et d’autres partenaires internationaux.

La dimension sécuritaire reste particulièrement importante. Au Sahel, les relations avec les gouvernements militaires ont permis à Moscou de renforcer sa présence et d’accroître son influence politique. Toutefois, les difficultés rencontrées par les autorités locales montrent que l’assistance militaire ne garantit pas automatiquement la stabilité. L’expansion des groupes armés et les fragilités institutionnelles continuent de limiter les résultats de cette coopération.

L’Afrique ne doit cependant pas être considérée comme un simple terrain de confrontation entre la Russie et l’Occident. Les gouvernements africains poursuivent leurs propres objectifs : diversifier leurs partenariats, négocier de meilleures conditions commerciales et réduire leur dépendance envers un nombre limité de fournisseurs ou de partenaires militaires.

C’est précisément là que réside la limite de la stratégie russe. Le discours de souveraineté ne suffira pas si les partenariats proposés ne produisent pas de valeur économique durable, de transfert technologique et de développement industriel local.

La compétition pour l’Afrique ne se gagnera donc pas uniquement par les armes, les contrats miniers ou les déclarations diplomatiques. Elle dépendra de la capacité des partenaires extérieurs à contribuer à la transformation économique du continent. Moscou peut renforcer son influence, mais pour la rendre durable, il lui faudra démontrer que son engagement dépasse les impératifs immédiats de sa politique étrangère.