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De la mer Rouge au détroit d’Ormuz : les routes maritimes deviennent le talon d’Achille de la mondialisation

La mondialisation repose sur une réalité souvent invisible pour les consommateurs : la capacité des navires à transporter des marchandises, des hydrocarbures et des matières premières à travers quelques passages maritimes essentiels. Or, les tensions au Moyen-Orient démontrent que ces routes commerciales peuvent devenir des instruments de pression géopolitique et des points de vulnérabilité pour l’économie mondiale.

Le détroit d’Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb occupent une position particulièrement sensible. Le premier constitue une voie essentielle pour les exportations énergétiques du Golfe, tandis que le second relie la mer Rouge au golfe d’Aden et à l’océan Indien. Leur perturbation simultanée pourrait imposer des coûts considérables aux producteurs, aux transporteurs et aux consommateurs.

Les attaques contre les navires, les risques de mines, les menaces de missiles et l’augmentation des primes d’assurance modifient les calculs des compagnies maritimes. Même sans fermeture totale d’un détroit, une dégradation de la sécurité peut provoquer des détournements de routes, rallonger les délais de livraison et augmenter les coûts logistiques.

L’OCDE souligne que les perturbations énergétiques liées au conflit au Moyen-Orient ont déjà contribué à une augmentation des coûts de l’énergie et à des pressions sur plusieurs secteurs économiques. Les routes maritimes deviennent ainsi un facteur de transmission des crises géopolitiques vers l’inflation et la croissance mondiale.

Cette situation pose une question fondamentale : les puissances commerciales disposent-elles des moyens nécessaires pour protéger les infrastructures dont dépend leur prospérité ?

Les États-Unis possèdent des capacités navales considérables, mais la protection permanente de toutes les routes commerciales est impossible. Les puissances européennes doivent également renforcer leurs moyens de surveillance maritime, tandis que les États asiatiques ont intérêt à participer davantage aux mécanismes de sécurité collective.

La sécurité maritime ne peut cependant pas être réduite à une présence militaire. Elle exige des mécanismes diplomatiques, des systèmes de renseignement partagés, des capacités de déminage, une coordination avec les armateurs et des accords régionaux de désescalade.

Les États du Golfe, l’Égypte, la Turquie, l’Inde et les pays riverains de la mer Rouge ont un intérêt direct à préserver ces corridors. La perturbation durable de ces routes ne pénaliserait pas seulement les puissances occidentales : elle toucherait également les économies émergentes qui dépendent des importations énergétiques et alimentaires.

La mondialisation n’a donc pas supprimé la géographie. Elle l’a rendue encore plus stratégique. Les détroits et les passages maritimes constituent désormais des infrastructures de sécurité économique dont la protection doit devenir une priorité internationale.