Le retrait des forces françaises et la remise en cause des partenariats occidentaux ont profondément modifié l’équilibre politique et sécuritaire du Sahel. Les gouvernements militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont présenté leur rupture avec Paris comme une affirmation de souveraineté et une volonté de reprendre le contrôle de leur propre destin. Pourtant, l’évolution de la situation sécuritaire révèle une contradiction majeure : le changement de partenaire extérieur n’a pas nécessairement renforcé la capacité des États à protéger leurs populations.
La Russie a profité de cette recomposition pour élargir son influence. Son approche repose sur une combinaison de coopération militaire, de ventes d’armes, de soutien politique et de partenariats économiques. Moscou présente son engagement comme une alternative aux relations occidentales, qu’elle décrit comme héritées d’une logique néocoloniale. Cette stratégie trouve un écho auprès de dirigeants qui souhaitent diversifier leurs alliances et réduire leur dépendance envers Paris et Washington.
Mais l’influence diplomatique ne doit pas être confondue avec l’efficacité sécuritaire. Les attaques de groupes armés, l’affaiblissement des institutions et l’expansion des violences vers les États côtiers d’Afrique de l’Ouest montrent que la crise demeure profondément enracinée. Le Conseil des relations étrangères américain relève notamment l’aggravation de l’insurrection dans la région et les difficultés rencontrées par les gouvernements sahéliens après le recul de certaines forces russes dans le nord du Mali.
La question essentielle est donc celle de la nature même du modèle de sécurité proposé. Une coopération militaire peut renforcer temporairement un gouvernement, mais elle ne peut remplacer une administration fonctionnelle, une justice crédible, des services publics accessibles et une stratégie de développement économique.
L’erreur occidentale a été de croire que la supériorité militaire et les partenariats antiterroristes suffiraient à stabiliser la région. Le risque russe serait de reproduire une approche similaire, en privilégiant la protection des régimes et les intérêts stratégiques immédiats au détriment des causes profondes de l’instabilité.
L’Algérie, le Nigeria, le Tchad et les pays du golfe de Guinée sont directement concernés par cette évolution. Une détérioration durable du Sahel pourrait modifier les équilibres sécuritaires de toute l’Afrique de l’Ouest.
La véritable souveraineté ne consiste pas à remplacer une puissance étrangère par une autre. Elle suppose de construire des institutions capables de garantir la sécurité, de gérer les ressources et de préserver la cohésion nationale. Tant que cet objectif restera secondaire, le Sahel continuera d’être un terrain de compétition internationale plutôt qu’un espace de stabilisation durable.
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