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Le Moyen-Orient à la croisée des chemins : guerre, réalignement régional et quête d’un nouvel ordre de sécurité

Dr. Shehab Al-Makahleh

Points clés

  • La guerre contre l’Iran et les restrictions à la navigation dans le détroit d’Ormuz ont rendu la sécurité régionale indissociable de la stabilité économique et énergétique mondiale.
  • L’Arabie saoudite, la Turquie, l’Égypte, le Pakistan et plusieurs puissances européennes explorent des voies diplomatiques pour contenir l’escalade.
  • Les États du Golfe doivent concilier leurs partenariats de sécurité extérieurs avec la construction de mécanismes régionaux plus solides.
  • Un règlement durable exige davantage qu’un cessez-le-feu : des garanties crédibles, la sécurité maritime et un cadre politique pour les conflits non résolus.

Tribune

Le Moyen-Orient approche d’un tournant stratégique. La confrontation impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël a démontré qu’une guerre régionale pouvait rapidement se transformer en crise économique mondiale. Les perturbations dans le détroit d’Ormuz influencent les marchés de l’énergie, les coûts du transport maritime et les décisions des gouvernements bien au-delà du Golfe. La question n’est donc plus seulement de savoir qui prend l’avantage sur le champ de bataille, mais si la région peut bâtir un ordre de sécurité capable d’empêcher la prochaine crise de déboucher sur une nouvelle guerre prolongée.

L’activité diplomatique ouvre une fenêtre étroite. Le 23 octobre, des ministres des Affaires étrangères européens et régionaux se sont réunis à Istanbul pour discuter du conflit avec l’Iran, de la liberté de navigation et de la crise régionale dans son ensemble. Des pays du Golfe participent également à des efforts visant à élaborer un cadre susceptible d’empêcher une reprise des hostilités entre Washington et Téhéran. Ces initiatives traduisent une prise de conscience croissante : la pression militaire ne suffit pas à garantir la stabilité à long terme. Leur réussite demeure toutefois incertaine, car les participants divergent sur les sanctions, le programme nucléaire iranien, la posture régionale d’Israël et le rôle futur des forces militaires étrangères.

L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis doivent avancer avec prudence. Les deux pays ont besoin d’une dissuasion crédible, de routes commerciales fiables et de la protection de leurs infrastructures stratégiques. Aucun ne tire cependant avantage d’un conflit qui menace régulièrement les exportations énergétiques, les investissements et la diversification économique. La Turquie, l’Égypte et le Pakistan peuvent apporter des canaux diplomatiques et un poids régional, mais aucune coalition ne réussira si elle considère la sécurité comme une compétition d’influence plutôt que comme un intérêt commun.

Le défi essentiel consiste à dépasser la gestion temporaire des crises. Un accord viable devrait prévoir des mécanismes de désescalade maritime, des communications entre états-majors, un dialogue régional sur les missiles et les drones, ainsi qu’une voie de négociation sur le programme nucléaire iranien. Il devrait également prendre en compte la question palestinienne et le conflit au Yémen, dont les conséquences dépassent les frontières nationales.

Les États-Unis restent un acteur incontournable, mais les gouvernements régionaux ont de plus en plus intérêt à diversifier leurs options diplomatiques. Cela ne signifie pas nécessairement abandonner Washington, mais rechercher des arrangements qui réduisent le risque d’être entraîné dans des décisions prises ailleurs. De son côté, l’Iran doit comprendre que le contrôle de voies maritimes vitales ne peut constituer un levier durable si ses voisins en concluent que leur sécurité exige une confrontation permanente.

Le Moyen-Orient ne manque pas d’initiatives diplomatiques. Il lui manque une architecture durable capable de résister au prochain choc. Les mois à venir montreront si les dirigeants régionaux peuvent transformer les contacts d’urgence en un véritable cadre de sécurité ou si la région retombera dans un cycle où chaque cessez-le-feu ne fait que reporter la prochaine confrontation.