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Sommet russo-chinois-américain : la raison peut-elle l’emporter sur l’escalade ?

Par Rami Al-Shaer

Points clés

  • Les préparatifs d’une éventuelle rencontre trilatérale entre les présidents russe, chinois et américain auraient commencé. Celle-ci pourrait se tenir en marge du sommet de l’APEC en Chine, les 18 et 19 novembre.
  • Les contacts directs entre la Russie et des dirigeants européens, parallèlement aux initiatives diplomatiques concernant l’Ukraine, l’Iran et la sécurité du Golfe, témoignent d’efforts visant à rétablir les canaux de dialogue.
  • L’Arabie saoudite, la Türkiye et le Pakistan intensifient leurs démarches diplomatiques régionales auprès de l’Iran, tandis que le Qatar faciliterait les discussions autour d’un éventuel accord entre Washington et Téhéran.
  • Le principe central de ces initiatives est celui de la sécurité indivisible : garantir la sécurité de tous sans porter atteinte à celle des autres.
  • La reprise du dialogue diplomatique ne garantit pas son succès. Le véritable test sera la capacité des parties à parvenir à des accords applicables, à consentir des concessions réciproques et à réduire durablement les tensions.

Tribune

Le 25 octobre, Iouri Ouchakov, conseiller du président russe chargé de la politique étrangère, a annoncé que les préparatifs d’une rencontre trilatérale entre les présidents russe, chinois et américain avaient commencé.

Ouchakov n’a précisé ni la date ni l’ordre du jour de cette éventuelle rencontre. Il a toutefois indiqué que les trois parties étaient, en principe, disposées à se rencontrer. L’une des propositions envisagées consiste à organiser cette réunion en marge du sommet de l’APEC en Chine, les 18 et 19 novembre.

Un développement notable est intervenu le 27 octobre, lorsque le président finlandais Alexander Stubb et le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre se sont entretenus par téléphone avec le président russe Vladimir Poutine. Selon Reuters, la conversation a duré 90 minutes. Elle avait été initiée par les dirigeants finlandais et norvégien, en concertation avec l’Ukraine. Les échanges ont porté sur la guerre en Ukraine et les efforts diplomatiques visant à y mettre fin, dans un contexte marqué par les préparatifs de la reprise des négociations trilatérales entre la Russie, les États-Unis et l’Ukraine à Abou Dhabi, également prévue en novembre.

Stubb et Støre ont insisté sur la « nécessité de mettre fin à la guerre et de désamorcer les tensions ». Moscou a, pour sa part, réaffirmé sa position de longue date : toute paix durable doit s’attaquer aux causes profondes de la crise et tenir compte des intérêts de sécurité de la Russie.

L’Agence de presse du Qatar a également publié un communiqué consacré à la rencontre entre l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, et Vladimir Poutine à Moscou, le 27 octobre. Selon ce communiqué, les deux dirigeants ont examiné l’évolution de la situation au Moyen-Orient, les moyens de renforcer la sécurité et la stabilité, les chaînes d’approvisionnement énergétiques ainsi que le détroit d’Ormuz. Ils ont également souligné que la sécurité régionale nécessitait la création d’un État palestinien indépendant.

Parallèlement, l’Arabie saoudite, la Türkiye et le Pakistan — trois pays présentés dans l’article comme signataires de l’accord de défense mutuelle de La Mecque — ont engagé une initiative diplomatique conjointe en vue de discussions directes sur la sécurité avec l’Iran, alors que les tensions régionales s’intensifient. Le 26 octobre, le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, le chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, et le directeur de l’Organisation nationale du renseignement turque, Ibrahim Kalin, se sont rendus à Téhéran. La délégation a été reçue par le président iranien Massoud Pezeshkian et Mohsen Rezaï, présenté dans l’article comme secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien.

Les discussions ont porté sur la possibilité d’ouvrir un canal de négociation entre les États-Unis et l’Iran, ainsi que sur la mise en place d’un réseau d’ententes régionales destiné à empêcher les pays de la région d’être entraînés dans un affrontement militaire direct. Un tel dispositif permettrait également de traiter les différends au moyen de mécanismes régionaux de sécurité.

La liberté de navigation et la sécurité des voies maritimes ont naturellement occupé une place importante dans les échanges. Téhéran a exposé une position liant les négociations sur son programme nucléaire à la satisfaction de ses demandes concernant la fin du blocus américain de ses ports et la levée des restrictions visant ses exportations de pétrole. Les questions palestinienne et libanaise, ainsi que les conséquences de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, ont également été abordées.

Reuters a par ailleurs rapporté que le Qatar avait présenté un projet d’accord destiné à régler le différend avec les États-Unis. Cette proposition aurait été examinée lors de discussions bilatérales organisées à Téhéran le 25 octobre, avec la médiation du Qatar. Téhéran étudie actuellement le texte et devrait communiquer sa réponse avant la fin de la semaine.

Malgré la diversité des acteurs et des théâtres concernés, ces initiatives ont un point commun : elles cherchent à rétablir des canaux de communication directs au moment même où les risques d’escalade augmentent. De l’éventuel sommet trilatéral entre Vladimir Poutine, Xi Jinping et Donald Trump aux contacts directs entre Poutine, Stubb et Støre sur l’Ukraine, en passant par les efforts de médiation régionale concernant l’Iran, le Yémen et la sécurité du Golfe, plusieurs démarches diplomatiques cherchent une issue politique véritable et réaliste aux crises actuelles.

Cette issue repose sur un principe fondamental : l’indivisibilité de la sécurité.

Il s’agit de garantir la sécurité de tous sans compromettre celle de quiconque, tout en reconnaissant les préoccupations et les droits de chaque partie. Cela suppose avant tout de reconnaître le droit des Palestiniens à leur terre et au retour, ainsi que la nécessité de mettre fin à l’occupation israélienne au Moyen-Orient. L’auteur estime également nécessaire de reconnaître l’échec de la stratégie occidentale visant à contenir, fragmenter et affaiblir la Russie, puis à lui infliger une « défaite stratégique » en Europe.

Il importe toutefois de ne pas confondre le retour de la diplomatie avec son succès. La reprise des contacts ne signifie pas que les divergences ont disparu ; la présentation de propositions ne signifie pas qu’elles ont été acceptées ; et les réunions ne suffisent pas, à elles seules, à garantir une désescalade ou un cessez-le-feu.

Les positions des différentes parties restent éloignées sur l’Ukraine et le programme nucléaire iranien, sans même évoquer le conflit arabo-israélien. Leurs conceptions des futurs arrangements régionaux divergent également, tandis que certains différends sont trop profonds pour être réglés par quelques initiatives diplomatiques.

Néanmoins, la visite à Téhéran du ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, dans les circonstances actuelles souligne, selon l’analyse de l’auteur, l’importante responsabilité assumée par l’Arabie saoudite face à la montée des tensions au Moyen-Orient. Elle indique également une orientation diplomatique dans laquelle toutes les parties à la crise devraient s’engager.

La simultanéité de ces initiatives soulève plusieurs questions qui méritent réflexion. Les acteurs concernés commencent-ils à comprendre que le monde se rapproche d’une succession de crises potentiellement catastrophiques, dont les conséquences toucheraient tout le monde ? Prennent-ils conscience que la poursuite de l’escalade augmente le coût du conflit pour chaque partie et que la sécurité ne peut reposer uniquement sur des menaces réciproques ? Les puissances régionales sont-elles capables de mettre en place des mécanismes de dialogue et de compréhension mutuelle qui réduiraient leur dépendance à l’égard de l’intervention des grandes puissances et empêcheraient la région de devenir un terrain ouvert de règlement des comptes géopolitiques ?

La raison n’a peut-être pas encore pris le dessus sur l’escalade. Toutefois, ces contacts, ces initiatives et ces efforts louables pour contenir une crise susceptible d’exploser à tout moment constituent des signes qui méritent attention. La multiplication des canaux de dialogue, l’élargissement des médiations et le rétablissement de contacts directs entre des adversaires montrent que la diplomatie conserve sa place dans la gestion des crises internationales.

Le véritable test reste à venir : ces initiatives parviendront-elles à dépasser les déclarations, les réunions, les conférences de presse et les photographies officielles pour déboucher sur des accords réellement applicables ? Cela nécessitera des concessions réciproques et des compromis difficiles, parfois douloureux. Leur objectif premier devra être de protéger les vies humaines et les biens, de mettre effectivement fin aux guerres et de construire un ordre de sécurité plus stable et plus durable.

Rami Al-Shaer est un écrivain et analyste politique palestinien basé à Moscou.